Un avocat peut-il faire de la publicité sur Google ? Poster sur TikTok ? Acheter des mots-clés ? La réponse courte est oui — depuis 2014. Pourtant, la majorité des avocats français hésitent encore, freinés par la confusion entre ce que la déontologie autorise réellement et ce qu'une culture professionnelle séculaire leur a laissé croire interdit.
Ce guide fait le point sur les règles de la publicité des avocats en 2026 — article 10 du RIN, décret n° 2023-552, directive européenne Services — et vous donne le cadre précis : ce qui est autorisé, ce qui est interdit, les sanctions encourues et la jurisprudence à connaître.
Les textes qui régissent la publicité des avocats en 2026
Trois textes fondamentaux encadrent la communication des avocats :
L'article 10 du RIN (Règlement Intérieur National) est LE texte de référence de la publicité des avocats : il définit la publicité personnelle, la sollicitation personnalisée et leurs limites. Sa version en vigueur est issue de la DCN n° 2019-005, applicable depuis le 13 juin 2020 — aucune DCN ultérieure n'a modifié l'article 10, y compris en 2026. Consultez le RIN consolidé sur cnb.avocat.fr.
Le décret n° 2023-552 du 30 juin 2023 portant code de déontologie des avocats, qui a remplacé le décret de 2005. Son article 15 reprend les dispositions sur la publicité et la sollicitation personnalisée. Texte disponible sur Légifrance.
La directive européenne 2006/123/CE (directive « Services »), dont l'article 24 impose aux États membres de supprimer toute interdiction totale de communications commerciales pour les professions réglementées. C'est cette directive qui a été le catalyseur de la réforme française. Lire la directive sur EUR-Lex.
Source officielle : le vade-mecum de la communication des avocats, 3e édition (octobre 2023), publié par la Commission Règles et Usages du CNB sous la supervision de Laurence Junod-Fanget.
Article 10 du RIN : que dit exactement le texte ?
L'article 10 du RIN autorise la publicité personnelle de l'avocat sur tout support, dès lors qu'elle procure une information sincère sur la nature des prestations et qu'elle respecte les principes essentiels de la profession. Voici sa structure, alinéa par alinéa :
- Art. 10.1 — Définitions : distingue publicité fonctionnelle (institutions), publicité personnelle (promotion des services de l'avocat) et sollicitation personnalisée (communication ciblée vers une personne déterminée).
- Art. 10.2 — Principes : la communication doit être sincère, digne, loyale. Interdits : publicité comparative ou dénigrante, mention « spécialiste » sans certificat, promesse de résultat, références à des fonctions juridictionnelles.
- Art. 10.3 — Sollicitation personnalisée : autorisée uniquement par email ou courrier postal. Démarchage physique, téléphonique et SMS interdits. Convention d'honoraires obligatoire.
- Art. 10.4 — Annuaires et plateformes : la présence sur des annuaires et sites tiers est autorisée (assimilée à un lien vers une plateforme tierce).
- Art. 10.5 — Sites internet et réseaux sociaux : site autorisé avec obligation d'informer l'Ordre et de communiquer les noms de domaine ; noms de domaine génériques interdits ; réseaux sociaux autorisés sous réserve des principes essentiels.
Publicité personnelle, sollicitation personnalisée, publicité fonctionnelle : les 3 catégories
Le RIN distingue trois types de communication (art. 10.1) :
Publicité fonctionnelle — Communication émanant des institutions (Ordres, CNB). Ne concerne pas l'avocat individuel.
Publicité personnelle — Toute forme de communication destinée à promouvoir les services de l'avocat. C'est le champ le plus large : site internet, réseaux sociaux, Google Ads, podcast, vidéo YouTube, articles de blog, newsletter, affichage, radio, TV. Elle est libre sur tous les supports.
Sollicitation personnalisée — La sollicitation personnalisée de l'avocat est un sous-type de publicité personnelle qui cible une personne physique ou morale déterminée. Elle est strictement encadrée par l'article 10.3 du RIN : forme écrite uniquement (email ou courrier postal, jamais par téléphone ni SMS), mention obligatoire des modalités de détermination du coût et convention d'honoraires obligatoire.
Cette distinction est la clé de voûte du dispositif. Tant qu'un avocat reste dans le cadre de la publicité personnelle (communication non ciblée vers un destinataire identifié), les contraintes de support sont quasiment nulles.
Ce que le RIN autorise — le tableau complet
| Support / Pratique | Statut | Texte de référence |
|---|---|---|
| Site internet professionnel | Autorisé | Art. 10.5 RIN |
| Blog juridique | Autorisé | Art. 66-1 loi 1971 + art. 10.5 RIN |
| Réseaux sociaux (LinkedIn, Instagram, TikTok, X, Facebook) | Autorisé | Art. 10.5 dernier alinéa RIN |
| Google Ads / référencement payant | Autorisé | CNB, avis n° 2012-032 du 11/07/2012 |
| Newsletter / emailing | Autorisé | Art. 10.3 RIN + RGPD |
| Annuaires en ligne | Autorisé | Art. 10.4 RIN |
| Podcast / chaîne YouTube | Autorisé | CE 9 nov. 2015 + vade-mecum CNB |
| Sponsoring / mécénat / maillots sportifs | Autorisé | CNB, avis n° 2018-008 du 21/02/2018 |
| Tracts / affiches / spots TV / radio | Autorisé | CE 9 nov. 2015, n° 386296 |
| Sollicitation par email ou courrier | Encadré | Art. 10.3 RIN |
| Démarchage physique ou téléphonique | Interdit | Art. 10.3 RIN |
| SMS / MMS | Interdit | Art. 10.3 RIN, CE 2015 |
| Publicité comparative ou dénigrante | Interdit | Art. 10.2 RIN, art. 15 décret 2023-552 |
| Nom de domaine générique (ex. divorce-paris.fr) | Interdit | Art. 10.5 RIN |
| Mention « spécialiste » sans certificat CNB | Interdit | Art. 10.2 RIN |
| Promesse de résultat | Interdit | Art. 10.2 RIN |
| Faux avis / témoignages rémunérés | Interdit | Art. 10.2 RIN + art. L.121-1 C. conso |
| Photos en robe dans la publicité | Interdit | CNB, avis n° 2015-019 |
Focus Google Ads — le référencement payant est autorisé
La Commission des Règles et Usages du CNB l'a confirmé dans l'avis n° 2012-032 du 11 juillet 2012 : l'achat de liens sponsorisés relève de la publicité autorisée.
Conditions à respecter : les annonces doivent correspondre à une activité réellement exercée, être informatives et dignes, ne pas acheter le nom d'un confrère comme mot-clé, éviter les superlatifs trompeurs.
Mots-clés à éviter : « meilleur avocat en… », « avocat spécialisé en… » (sans certificat CNB), « ordre des avocats de… ».
Donnée utile pour l'avocat : le CPC moyen dans le secteur juridique en France se situe entre 5,88 € et 6,75 € — le plus élevé de tous les secteurs, ce qui rend d'autant plus précieux le référencement naturel via un création de site internet pour avocat.
Réseaux sociaux — LinkedIn, TikTok, Instagram, tous autorisés
L'article 10.5 dernier alinéa du RIN impose simplement le respect des principes essentiels (dignité, délicatesse, modération) sur les réseaux sociaux.
Le CNB a confirmé que les pages utilisées à des fins promotionnelles constituent de la publicité au sens de l'article 10 (avis n° 2011-054 pour Facebook, avis n° 2016/014 pour Twitter).
Julie Couturier, alors bâtonnière de Paris, a elle-même créé un compte TikTok pour le Barreau en 2023, légitimant la présence des avocats sur les plateformes émergentes.
Bonnes pratiques : publier du contenu juridique vulgarisé (jurisprudence commentée, FAQ), ne pas révéler d'informations sur des dossiers en cours, ne pas utiliser la robe dans les publications à caractère promotionnel. La gestion des avis Google est également un levier de visibilité locale complémentaire à ne pas négliger — consultez notre guide : avis Google pour un avocat.
Démarchage, SMS, publicité comparative : ce qui reste interdit à l'avocat
Le démarchage physique et téléphonique
L'article 10.3 RIN ne laisse aucune ambiguïté. La sollicitation personnalisée ne peut prendre que la forme d'un message écrit (email ou courrier postal). Tout contact physique ou téléphonique non sollicité est interdit.
Les SMS et MMS promotionnels
Exclus explicitement par l'article 10.3 RIN. Le Conseil d'État (9 novembre 2015) a validé cette interdiction : les minimessages sont intrusifs et ne permettent pas de respecter les obligations d'information.
La publicité comparative ou dénigrante
Comparer ses tarifs ou résultats avec un confrère est interdit (art. 10.2 RIN). Affirmer être « meilleur que » ou dénigrer un concurrent expose à une sanction disciplinaire.
Le terme « spécialiste » sans certificat CNB
Seul le titulaire d'un certificat de spécialisation délivré par le CNB peut utiliser les mots « spécialiste », « spécialisé » ou « spécialisation ». Un avocat peut en revanche indiquer jusqu'à trois « domaines d'activité dominantes ».
Les noms de domaine génériques
« divorce-paris.fr », « accidentdutravail.net » sont interdits par l'article 10.5 RIN. Le nom de domaine doit contenir le nom de l'avocat ou la dénomination du cabinet.
Publicité des avocats : la jurisprudence clé (CJUE 2011, CE 2015, Cass. 2021)
CJUE, 5 avril 2011 (C-119/09) — La Cour de justice a jugé que l'article 24 de la directive Services s'oppose à une réglementation nationale interdisant totalement le démarchage aux professions réglementées. Cet arrêt a été le déclencheur de la réforme française.
Conseil d'État, 9 novembre 2015 (n° 386296) — Arrêt fondateur en droit français. Le CE annule l'interdiction de la publicité par tracts, affiches, films, radio ou télévision, la jugeant contraire à la directive européenne. En revanche, il valide l'interdiction de la publicité comparative et des SMS comme proportionnée aux raisons impérieuses d'intérêt général.
Cass. 1re civ., 3 février 2021 (n° 19-17.629) — Des panneaux publicitaires de 3 mètres de haut installés à 100 mètres d'un cabinet ont été jugés contraires à la délicatesse et la modération. La mention « ancien magistrat » a été considérée comme une référence interdite à des fonctions juridictionnelles.
Les sanctions disciplinaires en cas de manquement
L'article 184 du décret n° 91-1197 du 27 novembre 1991 prévoit quatre sanctions : avertissement, blâme, interdiction temporaire d'exercer (maximum 3 ans), radiation du tableau.
Le décret n° 2025-77 du 29 janvier 2025 a introduit une procédure disciplinaire simplifiée pour les cas les moins graves, accélérant le traitement des manquements mineurs.
En pratique, les sanctions pour manquement publicitaire vont de l'avertissement (premier écart) à l'interdiction temporaire (récidive, gravité). La radiation reste exceptionnelle.
Ce qu'en disent les personnalités du droit
« Pour évoluer dans un environnement toujours plus concurrentiel, l'avocat doit être visible et afficher davantage ses compétences. »
— Dominique Piau, ancien président de la Commission Règles et Usages du CNB
« La profession ne semblait pas vouloir appréhender ces évolutions numériques, comme s'il ne pouvait y avoir qu'une seule pratique de l'avocat. »
— Kami Haeri, rapport « L'avenir de la profession d'avocat », 2017, remis au Garde des Sceaux
« Les avocats n'exercent plus leur métier de la même manière qu'avant — la profession se place dorénavant sur un marché concurrentiel. »
— Pascal Eydoux, président du CNB 2015-2017
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Questions fréquentes sur la publicité des avocats
Un avocat peut-il faire de la publicité sur Google Ads ?
Oui. Le CNB l'a confirmé dans l'avis n° 2012-032 du 11 juillet 2012. Les annonces doivent être informatives, dignes et correspondre à une activité réellement exercée. Les superlatifs trompeurs (« meilleur avocat ») et l'achat du nom d'un confrère comme mot-clé sont interdits.
Un avocat peut-il utiliser TikTok ou Instagram ?
Oui. L'article 10.5 du RIN autorise tous les réseaux sociaux, sous réserve du respect des principes essentiels (dignité, délicatesse, modération). La bâtonnière Julie Couturier a créé un compte TikTok pour le Barreau de Paris en 2023, validant la présence des avocats sur les plateformes émergentes.
Quelle est la différence entre publicité personnelle et sollicitation personnalisée ?
La publicité personnelle est une communication non ciblée (site web, réseaux sociaux, affichage, TV…). La sollicitation personnalisée cible une personne physique ou morale identifiée et n'est autorisée que par email ou courrier postal — jamais par téléphone ou SMS.
Un avocat peut-il envoyer des SMS promotionnels ?
Non. Les SMS sont explicitement interdits par l'article 10.3 du RIN. Le Conseil d'État a validé cette interdiction dans son arrêt du 9 novembre 2015, jugeant les minimessages intrusifs et ne permettant pas de respecter les obligations d'information.
Quelles sanctions en cas de publicité non conforme ?
Avertissement, blâme, interdiction temporaire d'exercer (maximum 3 ans) ou radiation du tableau. Le décret n° 2025-77 du 29 janvier 2025 a introduit une procédure disciplinaire simplifiée pour les cas les moins graves.
Est-il obligatoire de déclarer son site à l'Ordre ?
Oui. L'article 10.5 du RIN impose d'informer l'Ordre de l'ouverture ou de toute modification substantielle d'un site et de lui communiquer les noms de domaine utilisés. Cette obligation s'applique dès la mise en ligne.
Que dit l'article 10 du RIN sur la publicité des avocats ?
L'article 10 du RIN autorise la publicité personnelle sur tout support si elle est sincère, digne et loyale. Il encadre la sollicitation personnalisée (écrit uniquement), interdit démarchage téléphonique, SMS, publicité comparative et noms de domaine génériques. Version en vigueur : DCN 2019-005.
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